Vous avez 20 minutes devant le CODIR. Vous avez travaillé votre dossier pendant trois semaines. Vous connaissez vos chiffres. Vous avez préparé vos réponses aux objections.

Et pourtant, à la fin de la séance, la décision n’est pas prise. Ou elle l’est à moitié. Ou le CODIR vous demande de « revenir avec des compléments ».

Le problème n’est pas votre dossier. C’est la façon dont vous l’avez construit.

Parce qu’une présentation devant un comité de direction, ce n’est pas un rapport informatif. Ce n’est pas un compte rendu. Ce n’est pas un exercice d’exhaustivité. C’est une présentation commerciale. Vous vendez une décision. Mais personne ne vous a dit de la traiter comme telle.

Pourquoi les présentations CODIR ratent

71 % des présentations sont jugées inefficaces par ceux qui les reçoivent. Oui, ce chiffre issu du Baromètre Prezman ne distingue pas les contextes. Il concerne tous les types de présentations : présentations commerciales, stratégiques, événementielles, pitch deck… Et parmi toutes ces présentations, 73% des répondants ont mentionné réaliser des présentations internes pour parler de stratégie. Les présentations CODIR sont dans cette catégorie et ne sont donc loin de faire exception.

Si ces présentations sont inefficaces, c’est parce que trois erreurs structurelles reviennent systématiquement.

Erreur n°1 : confondre informer et convaincre

C’est l’erreur mère. Et elle prend une forme très concrète : le réflexe de l’exhaustivité.

On présente tout ce qu’on sait, tout ce qu’on a mesuré, toutes les variations, parce qu’on a peur d’être pris en défaut si on omet quelque chose. On croit que la quantité d’information est une preuve de rigueur. C’est l’inverse.

Exemple concret. Imaginez un reporting d’agence pub présenté au directeur marketing.

L’agence ouvre avec le taux de clic, les variations semaine sur semaine, le coût par mot-clé, le coût par clic, les écarts par rapport aux benchmarks. Chaque chiffre est juste. Mais pour le CMO, qui veut savoir si le budget mis sur Google Ads a un réel impact sur le chiffre d’affaires, pour choisir de le maintenir ou de le couper, aucun de ces chiffres ne sert la décision.

Et surtout : chaque chiffre inexpliqué est une invitation à être challengé sur un terrain parfois délicat. Le client pose des questions sur les variations d’algorithme. La réunion part en micro-management. L’agence se défend sur des sujets périphériques. Et tout le monde sort frustré.

Mais dans ce cas, ce n’est pas le CMO qui micro-manage. C’est la présentation qui l’y invite.

En CODIR, COMEX ou en présentation avec votre CEO, la problématique est la même. En choisissant vos données, vous choisissez les questions qu’on va vous poser. Et donc les batailles sur lesquelles vous allez devoir vous défendre.

L’objectif d’une présentation n’est pas d’informer de façon exhaustive. C’est de sélectionner les informations qui construisent un raisonnement orienté vers une décision.

Erreur n°2 : faire arriver la recommandation trop tard

Le schéma classique : contexte, analyse, données, comparaisons, options… et enfin, après 45 min de présentation, la recommandation.

Problème : le CODIR a déjà épuisé l’essentiel de son attention à traiter l’information quand la décision arrive. Il juge dans un état cognitif dégradé. Pire, le plus souvent, il a reconstruit sa propre interprétation du problème bien avant que vous ne la lui proposiez.

Erreur n°3 : traiter le CODIR comme un jury à informer

Un jury écoute et juge. Un acheteur a un problème à résoudre. Ces deux postures appellent des architectures de discours radicalement différentes.

Le CODIR n’est pas là pour valider vos compétences. Il est là pour prendre une décision. Si vous lui présentez un rapport, il se comportera comme un jury. Si vous lui présentez un raisonnement orienté vers une décision, il se comportera comme un décideur.

Ces trois erreurs ont une racine commune : on n’a pas commencé par se demander quelle décision on voulait que le CODIR prenne. On a commencé par se demander quoi présenter.

Le changement de paradigme : une présentation CODIR, c’est une présentation commerciale

Un comité de direction ne « prend note ». Il décide. Et décider, c’est arbitrer entre des options, évaluer des risques, allouer des ressources.

Pour qu’il décide dans votre sens, vous devez lui vendre quelque chose : une vision du problème, une conviction sur la solution, une confiance dans la recommandation. C’est exactement la mécanique d’une présentation commerciale.

Trois cas de figure se présentent fréquemment. L’architecture de votre présentation change selon l’objectif.

Cas n°1 : vous voulez une décision binaire

On y va ou on n’y va pas. On investit ou on ne le fait pas. On lance ou on reporte.

Votre travail : faire accepter le problème, puis montrer que votre solution est la seule réponse logique à ce problème. Le Problème Fondamental que vous posez doit être formulé de façon à ce que votre option soit la seule qui y répond.

Si d’autres options répondent également à votre Problème Fondamental, c’est que vous ne l’avez pas bien formulé. Reformulez-le jusqu’à ce que votre recommandation soit la seule conclusion logique.

Cas n°2 : vous présentez des options avec une préférence

C’est la situation la plus fréquente. Et la plus mal traitée.

L’erreur classique : présenter les options comme « équivalentes » pour paraître objectif. Le CODIR sentira que vous vous défaussez. Il décidera sans cadre et la décision prise ne sera pas nécessairement celle que vous recommandiez. Ou pire, il ne décidera pas et le projet sera renvoyés aux calendes grecques.

La bonne approche : poser un Problème Fondamental qui oriente naturellement vers votre option recommandée. Puis présenter les différentes options avec des critères d’évaluation que vous avez choisis et non avec des critères que le CODIR va définir lui-même.

Présenter trois options de façon soi-disant neutre, c’est se décharger de la responsabilité du raisonnement. Le CODIR attend que vous ayez une conviction. Montrez-la, mais montrez-la après avoir construit le terrain qui la justifie.

Cas n°3 : vous présentez trois options sans recommandation

C’est rare, mais ça arrive, quand la décision appartient véritablement au CODIR et que vous n’avez pas à trancher.

L’enjeu est alors différent : vous vendez un cadre d’analyse, pas une solution. Votre travail est de structurer les critères de choix de façon à ce que la décision soit éclairée, rapide, et traitable en séance. Ce n’est pas moins exigeant. C’est exigeant différemment.

Dans tous les cas, la clé est identique : le CODIR doit accepter votre définition du problème, pour comprendre pourquoi les trois solutions proposées sont les trois solutions possibles, avant de les évaluer. S’il reconstruit lui-même la définition du problème, il arrivera à ses propres conclusions, pas aux vôtres.

Bien abordé la présentation CODIR : vendre le problème avant la solution

Voici ce qui paraît contre-intuitif la première fois qu’on l’entend.

Dans une présentation CODIR classique, la recommandation arrive en fin de présentation. Dans une présentation construite pour convaincre, une présentation commerciale, la recommandation arrive beaucoup plus vite, mais sur un terrain entièrement préparé.

La différence ne tient pas au volume d’information. Elle tient à l’ordre dans lequel vous construisez le raisonnement.

Selon la méthode Prezman©, une présentation persuasive se structure généralement en deux phases distinctes.

La phase « neutre », de construction du problème

Avant de présenter quoi que ce soit, vous devez amener le CODIR à partager votre lecture de la situation. Pas votre solution, votre lecture du problème.

Cette phase se décompose en plusieurs étapes :

  • La Situation : ce que tout le monde sait déjà. Pas un cours magistral, des faits partagés. L’objectif est que le CODIR hoche la tête, pas qu’il découvre des informations. ou que des objections apparaissent. Vous posez un terrain de consensus.
  • La Perturbation : ce qui change, ce qui bouge, ce qui crée de la tension. C’est ici que l’attention se réveille. La perturbation casse l’équilibre de la situation initiale et ouvre une question dans l’esprit de l’auditoire.
  • Les Problèmes : les conséquences concrètes de la perturbation pour l’entreprise. Les membres du CODIR doivent se reconnaître dans au moins un de ces problèmes, si ce n’est plusieurs.
  • Le Problème Fondamental : la synthèse orientée. Le problème fondamental, c’est la synthèse de tous les problèmes précédemment cités. Pas un résumé neutre : une formulation qui, une fois acceptée par le CODIR, rend votre recommandation évidente.

Ce dernier point est décisif. La synthèse demande un effort cognitif que le CODIR (ou n’importe quelle audience) ne fera généralement pas par lui-même, car notre cerveau est feignant. Mais si vous ne la fournissez pas, chaque membre construira la sienne et vous aurez autant de « problèmes fondamentaux » que de personnes autour de la table.

En fournissant cette synthèse, vous ne manipulez pas le CODIR. Vous faites votre travail : vous lui évitez un effort intellectuel et vous lui offrez un cadre pour décider.

La phase « engagée », celle de présentation de la solution

Une fois que le CODIR a accepté votre Problème Fondamental, vous entrez dans la deuxième phase. Vous pouvez maintenant annoncer votre recommandation.

Et c’est ici que la magie opère : votre recommandation n’est pas reçue comme un pitch. Elle est reçue comme la réponse logique à un problème que le CODIR a lui-même validé. L’adhésion est perçue non pas comme une persuasion, mais comme une conclusion.

Vous démontrez ensuite votre solution, vous apportez des preuves, et vous terminez par un appel à décision clair. C’est là que la recommandation atterrit : sur un terrain préparé, pas en terrain inconnu.

Ce que ça change dans votre préparation

Préparer une présentation CODIR ne commence pas par ouvrir PowerPoint. Ça commence par répondre à cinq questions dans l’ordre.

  • Quelle est mon objectif, quelle est la décision que je veux que ce CODIR prenne ?
  • Quel problème doivent-ils avoir accepté pour que cette décision leur paraisse évidente ?
  • Quels faits, en quelle séquence, les amènent à accepter ce problème ?
  • Ma recommandation répond-elle exclusivement à ce problème ou d’autres options y répondraient également ? (Si oui : reformuler le Problème Fondamental.)
  • Est-ce que je présente les options avec des critères que j’ai choisis ou avec des critères que le CODIR va choisir lui-même ?

Ces cinq questions changent entièrement la nature du travail de préparation. Vous ne cherchez plus à être exhaustif. Vous cherchez à être sélectif. Chaque donnée que vous intégrez doit servir le raisonnement. Chaque donnée qui ne le sert pas est une invitation à être dévoyé sur un sujet périphérique.

C’est un changement de posture complet. Vous n’êtes plus un rapporteur qui rend compte. Vous êtes un avocat qui plaide. Et un bon avocat ne met pas tous les éléments du dossier sur la table. Il choisit les arguments qui construisent sa cause.

Tips Powerpoint : pourquoi tout le monde vous ment ?

Ce que les meilleures présentations CODIR ont en commun

Les présentations CODIR qui obtiennent des décisions ne sont pas celles qui contiennent le plus d’informations. Elles ne sont pas forcément les mieux designées (même si l’emballage de vos idées à son importance). Elles ne sont pas les plus longues.

Ce sont celles dont le raisonnement est si bien construit que la décision semble s’imposer d’elle-même.

Ce n’est pas de la manipulation. C’est de la rigueur intellectuelle mise au service de la conviction. Le CODIR a un problème à résoudre. Votre travail est de lui montrer, dans le bon ordre, pourquoi votre solution est la réponse.

La différence entre une présentation qui informe et une présentation qui convainc tient à une question : est-ce que j’ai construit le problème avant de proposer la solution ?

Si le CODIR accepte votre définition du problème, il acceptera votre solution. S’il reconstruit la sienne, il arrivera à ses propres conclusions.

Chez Prezman, nous sommes une agence spécialisée PowerPoint et nous accompagnons de nombreuses entreprises pour maximiser l’efficacité de leur rendez-vous commerciaux ou de leurs présentations stratégiques (Google, Visa, Amazon, Netflix, Alstom, Air Liquide, SNCF, Cartier, Hermès, LVMH, Eurotunnel, Lacoste, Vinci, Veolia, Eurovia, L’Oréal, Bic…)

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